12 – Paroles d’esclavage

La France a célébré le 10 mai dernier la première “Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions“. Cette première a suscité, autour de la traditionnelle machine à café, une discussion fort intéressante avec les collègues sur le sens de cette journée, le devoir de mémoire et à mon avis les conséquences dans nos vies contemporaines. En effet, n’oublions pas que le prolongement de l’esclavage à été la colonisation avec comme corollaire tous les stéréotypes, préjugés et peut être dans une certaine mesure des cas de discriminations.

Au-delà de se donner bonne conscience en reconnaissant les crimes du passé, cette commomération en elle-même ne règle aucun des problèmes du présent dont le plus urgent est comment instaurer le vivre-ensemble selon les lois de la république. Je crois beaucoup à un changement en profondeur des mentalités sur la perception et l’acceptation de l’autre dans sa différence et sa diversité source d’enrichissement mutuel. Ce travail en profondeur devrait commencer à l’école de la république en donnant un sens à cette période de l’histoire, expliquer pourquoi ça s’est passé ainsi et dans le monde entier sans donner non plus l’impression que la France, seule, a été criminelle.

Avant de terminer ce post, j’aimerai donner la parole à Madame Christiane Taubira, députée de la Guyane et rapporteuse du texte de loi du 21 mai 2001 portant son nom : “[...] Le sujet dont nous nous sommes emparés n’est pas objet froid d’étude. Parce qu’il s’écoulera encore quelques temps avant que ne s’adoucisse la blessure profonde qu’irrigue une émotivité inassouvie, parce qu’il peut être rude d’entendre décrire certains aspects d’une tragédie longue et terrible; parce que l’histoire n’est pas une science exacte, mais selon Fernand Braudel “toujours se faisant et se dépassant”; parce qu’enfin, la République est un combat comme nous l’enseigne Pierre Nora, je veux d’abord dire ce que n’est pas ce rapport. Il n’est pas une thèse d’histoire, ne prétend à aucune exhaustivité et ne vise à trancher aucune querelle de chiffres mais reprend les seules données qui ne font l’objet d’aucun litige. Ce rapport n’est pas le script d’un film d’horreur, faisant l’inventaire des chaînes, des fers, carcans, entraves, menottes et fouets conçus et perfectionnés pour déshumaniser. Il n’est pas non plus un acte d’accusation : la culpabilité n’est pas héréditaire et nos intentions ne sont pas de revanche. Il n’est pas requête en repentance. Nul n’aurait l’idée de demander un acte de contrition à la République laïque dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l’injustice. Ce n’est pas un exercice cathartique car les arrachements intimes nous imposent des tenaces pudeurs. Il n’est pas non plus une profession de foi car nous aurons encore à ciseler notre cri de foule. Pourtant nous allons décrire le crime, l’oeuvre d’oubli, le silence et dire les raisons de donner nom et statut à cette abomination.[...]“

Et enfin pour terminer, je vous propose cet excellent site de témoignage de Serge Bilé, qui donne la parole aux « anciens » afin qu’ils disent l’esclavage tel que leurs grands parents et arrière-grands-parents l’ont directement vécu et eux-mêmes raconté à leurs enfants et petits-enfants d’alors, devenus aujourd’hui septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et centenaires.

Quelques définitions permettant de fixer les idées :

Stéréotypes : Coyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais souvent aussi des comportements, d’un groupe de personnes (ex: les blondes sont idiotes).

Préjugés : Attitude comportant une dimension évaluative à l’égard d’un groupe social donnée (ex : ne pas les martiens sans pour autant les connaître).

Discrimination : Comportement négatif non justifiable émis à l’encontre des membres d’un groupe social donné (ex: ne pas embaucher quelqu’un parcequ’il à plus de 50 ans). Source

Commémoration : Acte collectif et public dont l’objet est un personnage ou un fait passé auquel la collectivité attribue un rôle significatif à un moment de son histoire et dont le moyen est une manifestation fixe et permanente. Elle relie entre eux ses participants et fournit l’occasion de réaffirmer leur communauté d’intérêts, leur identité partagée.

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