12 – Paroles d’esclavage

mai 14, 2007

La France a célébré le 10 mai dernier la première “Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions“. Cette première a suscité, autour de la traditionnelle machine à café, une discussion fort intéressante avec les collègues sur le sens de cette journée, le devoir de mémoire et à mon avis les conséquences dans nos vies contemporaines. En effet, n’oublions pas que le prolongement de l’esclavage à été la colonisation avec comme corollaire tous les stéréotypes, préjugés et peut être dans une certaine mesure des cas de discriminations.

Au-delà de se donner bonne conscience en reconnaissant les crimes du passé, cette commomération en elle-même ne règle aucun des problèmes du présent dont le plus urgent est comment instaurer le vivre-ensemble selon les lois de la république. Je crois beaucoup à un changement en profondeur des mentalités sur la perception et l’acceptation de l’autre dans sa différence et sa diversité source d’enrichissement mutuel. Ce travail en profondeur devrait commencer à l’école de la république en donnant un sens à cette période de l’histoire, expliquer pourquoi ça s’est passé ainsi et dans le monde entier sans donner non plus l’impression que la France, seule, a été criminelle.

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3 – La Guinée en transition

avril 19, 2006

Le dernier rapport du International Crisis Group porte sur la Guinée :

 

Depuis bien trop longtemps, les personnalités publiques en Afrique et ailleurs rechignent à examiner les profonds problèmes de la Guinée. La forte position anti-impérialiste que le pays a adoptée depuis les années 60 lui a fait gagner le respect des pan-africanistes, mais l’attitude de non-intervention qui en résultait a depuis longtemps laissé place à l’indifférence et au cynisme. Il est désormais fort probable que le mandat de Lansana Conté s’achèvera par un coup d’État militaire, que certains semblent déjà prêts à accepter avant même que celui-ci ne se produise, comme s’ils y voyaient un moyen de préserver la souveraineté de la Guinée. Cependant, certains membres de l’élite civile guinéenne commencent enfin à considérer l’avenir du pays comme un sujet de préoccupation collective les concernant directement et ne devant pas être laissée entre les mains de tiers, qu’il s’agisse de l’armée ou de diplomates étrangers. Ils devraient être encouragés sur cette voie, notamment par les acteurs internationaux concernés.

 

Le mélodrame du 4-5 avril demande encore à être pleinement éclairés. La seconde annonce sur les ondes de la radio nationales d’un remaniement profond du cabinet fut interrompue par des soldats, puis le décret présidentiel y référant fut annulé et le premier ministre congédié. D’aucuns racontent que le premier ministre aurait falsifié une partie ou tout de ce décret, visiblement signé par le président, et qui aurait renforcé la position du premier ministre face à un clan rival proche du président. D’autres pensent que le clan autour du secrétaire de la présidence, Fodé Bangoura, auraient simplement convaincu le président de faire volte-face. Il importe peu de savoir laquelle de ces versions est la bonne. Toutes deux illustrent la décrépitude fondamentale du centre du gouvernement, proche de l’anarchie, incapable de prendre des décisions autrement que par les décrets d’un individu au mieux inconstant et qui pourrait désormais ne plus être entièrement apte à gouverner.

 

Au milieu de cette lutte peu reluisante pour le pouvoir, la société civile commence à formuler une vision pour l’avenir de la Guinée qui se base sur une succession civile pacifique. Les bailleurs de fonds devraient avoir honte de ne pas avoir fait davantage. L’Agence américaine pour le développement international (USAID) a réduit de deux tiers son budget, le Canada a fermé son ambassade et l’argent de l’Union européenne (UE), après une suspension des aides de plusieurs années pour cause de mauvaise gouvernance, commence tout juste à arriver au compte-gouttes. Alors que la société civile avance, les Guinéens sont accablés par la faim, le manque d’électricité et d’eau, le délabrement des infrastructures de communication et l’absence de services de santé et de soins.